Freemobile. La théorie du bordel ambiant.

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Il avait parlé de fusée et la veille, il avait dit que le missile était sur le pas de tir. Oui, je sais ce que vous allez me dire. Xavier Niel a utilisé le mot anglais “rocket” sur le launch pad et le mot peut avoir, comme c’est souvent le cas en anglais, plusieurs significations. Quand on sait ce qui s’est passé depuis l’annonce des offres Freemobile, on peut en être sûr. La fusée était bien un missile et les cibles clairement identifiées. Orange, SFR et Bouygues Telecom. C’est d’ailleurs ce dernier qui a eu les faveurs des attaques du boss. Bon, en même temps, compte tenu de l’accord d’itinérance passé avec Orange d’une part, pour combler tout ce qui est compris entre 27% et l’infini et les probables futurs accords avec SFR pour la sous-traitance de la 4G, Xavier Niel se devait de ménager la chèvre et le chou, mais ne comptez pas sur moi pour vous dire, qui, de Orange ou de SFR fait la chèvre, même si pour ma part j’ai ma petite idée. Xavier Niel est un type malin et intelligent. Il a bien mené sa barque et il faut bien l’avouer, avec le recul, sa conférence de presse était foutrement brillante. On l’a comparé à Steve Jobs, marchant de long en large, distillant des petits jokes avec un air entendu, balançant des piques, usant et abusant de comparatifs dévastateurs. Xavier Niel, c’est un pic, c’est un roc, c’est une péninsule, un Cyrano de Bergerac, et quand il parle des pauvres avec du trémolo dans la voix, il est le Robin des bois de la téléphonie moderne à qui on voudrait bien confier ses maigres économies pour aller sauver la veuve et l’orphelin. Chapeau l’artiste !

En octobre 2010, le 31 précisément, j’écrivais ici-même pourquoi je quittais Orange et je prédisais que les annonces Free feraient beaucoup de mal aux opérateurs en place, mais j’étais loin du compte. Freemobile a mis les pieds dans le plat de la téléphonie mobile avec une vraie volonté de secouer le plat de couscous boulettes. On avait tiré des plans sur la comète, à un moment mon pote Gilles de nainposteur.org évoquait cette idée folle que Free puisse offrir une carte SIM à tous les abonnés Freebox, avec un petit crédit de téléphone dessus, genre 5€, histoire de permettre à ces chers abonnés de “tester la qualité du service”. Et puis on s’était dit que non, c’était pas dans le domaine du possible. Alors quand on a entendu les offres, d’abord à 19,99€ pour du tout illimité, téléphonie, SMS et data fair use de 3Go, puis quand on a su que cette offre serait 4€ moins cher pour les abonnés, on a commencé à frissonner et on s’est tous dit “j’en veux !” Quant à l’offre de téléphonie à 2€ pour 60 minutes de téléphone et 60 SMS, c’était dantesque, une tarte dans la gueule des autres opérateurs, un pied de nez. Et la gratuité de cette offre à 0€ pour les abonnés, c’était simplement inimaginable. On venait de prendre le missile de Freemobile en pleine tronche et on le savait. Désormais, plus rien ne serait jamais comme avant sur le marché de la téléphonie mobile en France. Free venait de nous refaire le coup de sa Freebox à moins de 30€ qui avait eu pour conséquence directe la disparition de structures comme AOL. Mais aujourd’hui, qui se souvient encore d’AOL ?

Alors bien sûr, la question de la migration, avec de tels tarifs, ne se posait même pas. J’avais quitté, fin octobre 2010, Orange et son forfait à 50€ mensuel pour deux heures de communication, 30 SMS (ah ah) et du data avec un fair use de 1Go. Il m’était insupportable de continuer à donner du fric à cet opérateur dont je vous rappelle au passage qu’il est en France l’opérateur historique, excusez du peu. Je me suis passé d’internet sur mon iPhone pendant quasiment un an. Lorsque les offres de La Poste mobile sont arrivées, j’ai signé un abonnement sans engagement à 21€, qui me faisait déjà économiser 30€ par mois et globalement j’ai été satisfait de cet opérateur, même si la couverture SFR m’a réservé parfois quelques petites surprises, notamment lors de déplacements en région parisienne. J’ai signé avec La Poste mobile en attendant Freemobile, le deal était clair. Je n’ai pas quitté Orange pour signer chez SFR, comme me l’avait fait remarquer un abruti sur mon fil Twitter. D’ailleurs La Poste mobile n’est assui sûrement pas SFR que Freemobile n’est pas Orange, mais il est des concepts difficiles à comprendre, surtout quand on ne veut pas comprendre. Bref. Une offre à 15,99€ je signais. Signer ? D’accord mais où ? Le lancement de Freemobile a connu de singuliers ratés au décollage comme je l’écrivais ici-même. Finalement, le 12 janvier, après moultes tentatives, bugs hallucinants du site web (le bug de la clé RIB, entre nous, c’est énorme…) sur le site de Freemobile, j’ai réussi à souscrire un abonnement avec portabilité. Les jours ont passé. Sur la timeline de #freemobile grosse ambiance des grands jours, entre ceux qui n’ont aucune information, d’autres qui ont atteint la dead line de la portabilité mais pas reçu leur carte SIM parce qu’elle s’est perdue (la carte SIM voyage en courrier simple), que l’adresse était incorrecte, bref, les témoignages d’utilisateurs sont éloquents, c’est le bordel ambiant. Ajoutons à cela les campagnes sournoises de désinformation, d’abonnés Twitter qu’on suspecte plus ou moins de bosser pour les trois maisons d’en face, qui viennent quotidiennement distiller leur dose de vitriol sur la timeline et vous aurez capté l’ambiance. Je plains sincèrement le community manager de @Freemobile, confronté à près de 15000 abonnés dont le seul crédo est : “j’ai pas reçu ma carte, ma portabilité c’est demain, comment je fais ?” ou alors pire “j’ai pas reçu ma carte et ça fait 10 jours que je n’ai plus de téléphone” ou encore “pas de bol, j’ai un 0 dans mon adresse”. Bref, pour beaucoup le doux rêve Freemobile s’est rapidement transformé en cauchemar, un truc pas marrant, coincé dans l’étape 1, si vous voyez ce que je veux dire.

Quant à moi, les choses ses sont précipitées. Commande passée le 12 janvier, portabilité confirmée puis dans la foulée un courrier de Freemobile du 24 janvier avec ma carte SIM reçue hier, le 26. J’ai activé ma carte SIM via le site mobile.free.fr et j’attends la portabilité prévue pour cet après-midi 15 heures, donc, on y est presque. Quand je n’aurais plus de signal SFR, il sera temps d’insérer la carte SIM Freemobile et de tester ce que vaut ce nouveau réseau. Côté portable, mon iPhone 3G, trois ans et toutes ses dents, fera parfaitement l’affaire. Je n’ai pas voulu céder aux sirènes de iPhone 4S, préférant attendre iPhone 5 qui devrait débouler cette année, avec son lot de nouveautés à faire pleurer les actuels propriétaires de 4S… D’ailleurs, à propos de téléphone, le calcul est assez vite fait. Si je compare ce que je paye avec Freemobile, sans engagement, pour du tout illimité et du data fair use 3G avec mon ancien forfait Orange, l’économie réalisée chaque mois me permet largement de financer un iPhone neuf, libre de tout opérateur (désimlocké, donc). À raison de 34€ d’économie mensuelle et sachant qu’un iPhone 4S coûte 620€, il me suffit de 18 mois pour amortir mon iPhone tout neuf et désimlocké. Sans engagement et libre. D’ailleurs, finalement, chez Freemobile l’argument massue est bien là, il tient dans ces deux mots : sans engagement. C’est ce qui a fait le succès de La Poste mobile. Vous voulez voir ailleurs ? Allez-y.

Et la concurrence dans tout ça ?
La grande inconnue, désormais, va être de savoir ce que la concurrence va faire, comment elle va réagir. Bizarrement, la contre-attaque est d’abord venue des MVNO comme Virgin mobile qui a réagi au quart de tour en proposant des offres à moins de 20€ ressemblant à s’y méprendre à l’offre Freemobile. Idem pour les sous-marques et contre-marques des opérateurs. B&You la marque internet de Bouygues a réagi très rapidement, ainsi que Sosh, la marque d’Orange. SFR propose une série Red, sans engagement à des prix bien plus agressifs que par le passé. Agressif, le PDG de SFR l’est aussi, multipliant les attaques contre Xavier Niel à grands coups de communiqués de presse. Bon, après tout, c’est de bonne guerre. Pareil pour Bouygues Telecom qui aurait même dépêché des huissiers de justice en Bretagne pour vérifier que les antennes de Freemobile sont bien allumées. Le grand gagnant dans cette histoire, c’est le consommateur, pardi ! Un exemple ? Ma chère et tendre qui a un téléphone mobile, comme tout le monde. Jusqu’à ce jour, elle utilise Mobicarte et dépense chaque mois un crédit qu’elle ne dépense quasiment pas. Alors quand elle a entendu parler de l’offre Freemobile à 2€ pour 60 minutes de communication mensuelle et 60 SMS, elle m’a regardé, incrédule et m’a simplement dit : “je signe où ?”

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